Le grand savant Khalîl ibn Ahmad al-Farâhîdî (mort après 160 H) composa son célèbre ouvrage « Al-‘Ayn », le tout premier dictionnaire de la langue arabe, classé selon les points de sortie des lettres.
Il voulut offrir ce livre en cadeau à Al-Layth ibn al-Muzaffar, qu’il estimait beaucoup. Ce dernier, en le recevant, en fut émerveillé et, en signe de reconnaissance, donna au Khalîl cent mille dirhams
Al-Layth s’attacha profondément à ce livre, le consultant jour et nuit, sans jamais s’en lasser, jusqu’à en mémoriser la moitié. Mais il avait une épouse (sa cousine) qui fut prise d’une grande jalousie lorsqu’il acheta une esclave d’une grande valeur. Elle se dit alors :
« Si je cherche à l’atteindre par sa richesse, il n’en sera pas affecté. Mais je le vois constamment absorbé par ce livre… Par Allah, je vais le lui arracher et le brûler ! »
Elle mit donc le feu au précieux manuscrit.
Lorsque Al-Layth rentra et constata ce qui s’était passé, il alla vers elle en lui disant avec douceur :
« Rends-moi le livre, et je t’offre cette esclave et je me l’interdirai. »
Mais elle lui montra les cendres du manuscrit.
Al-Layth, accablé, écrivit alors la moitié du livre de mémoire, puis réunit les lettrés de son époque pour recomposer le reste. Ainsi, la deuxième moitié du livre qui nous est parvenue fut le fruit des efforts conjoints des savants, car le Khalîl était déjà décédé. Ce récit est rapporté par Ṣalâḥ ad-Dîn as-Ṣafadî (m. 764 H) dans Al-Wâfî bil-Wafayât.
Morales à retenir :
La valeur du savoir : Al-Layth considérait un livre plus précieux que cent mille dirhams.
La jalousie aveugle détruit : la rancune peut ruiner des trésors irremplaçables.
Patience et sagesse : face à la perte, il choisit la maîtrise et la résilience.
La mémoire protège la science : ce que l’on garde dans le cœur survit même aux flammes.
La science est collective : des générations de savants ont sauvé et transmis cet héritage.
La fragilité du matériel : un livre peut brûler, mais la science demeure vivante si elle est étudiée et transmise
Conclusion :
Cette histoire nous rappelle l’importance de préserver et de transmettre le savoir. Aujourd’hui, tu n’as pas besoin de craindre que les flammes réduisent ces trésors en cendres : ils sont entre tes mains
À bord de Safīnatu Sunnah, tu peux retrouver les différents ouvrages des grands savants, dont les écrits et recueils de Khalîl ibn Ahmad et d’autres maîtres de la langue et de la tradition islamique.
Viens donc découvrir ces trésors, et fais revivre l’héritage des savants à travers ta propre bibliothèque :



