Le livre du Mois

La recommandation de Muwaffaq ad-Dîn Ibn Qudâmah al-Maqdisî, l’auteur d’al-Mughni - وصية العالم الجليل موفق الدين ابن قدامة المقدسي

– Auteur : Ibn Qudâmah al-Maqdisî (رحمه الله)
– Édition : Édité et vérifié par Muhammad Khayr Ramadan Yūsuf et publié par Dâr Ibn Hazm.                                                                                                                           – Paroles de Savants à son sujet : 

  • Adh-Dhahabî (رحمه الله) :« C’était, le savant, le faqîh, l’ascète, le modèle. » (Siyar A‘lâm an-Nubalâ’).
  • Ibn Rajab (رحمه الله) :« Il était l’un des plus grands imams de l’islam, reconnu pour sa science, sa piété et sa modestie. »
  • Ibn Taymiyyah (رحمه الله) :« Nous n’avons vu, dans notre époque, quelqu’un qui soit semblable à Ibn

Ce mois-ci, nous vous présentons un ouvrage d’une profondeur remarquable : « Waṣiyyat al-ʿĀlim al-Jalīl Muwaffaq al-Dīn Ibn Qudāmah al-Maqdisī », plus connu sous le nom de La recommandation d’Ibn Qudāmah (رحمه الله), l’un des plus grands imams hanbalites et auteur du célèbre al-Mughnī.

Dans ce court traité, l’auteur transmet une sagesse intemporelle en rappelant la réalité de la vie d’ici-bas. L’un des passages les plus marquants est celui où il compare le monde et ses habitants à un navire accostant une île remplie de joyaux, de perles et de trésors, mais aussi de cailloux et de distractions.

L’exemple de la vie d’ici-bas et de ses habitants 

Ibn Qudamah m.620h cite : « Il m’est venu à l’esprit que je pouvais comparer ce bas-monde et ses habitants à une caravane embarquée sur un navire. Le vent les pousse vers une île, située au milieu de la mer, qui regorge de mines de pierres précieuses : rubis, émeraudes, corail, perles, cristal, ainsi que bien d’autres joyaux de grande valeur. Et à côté de cela, on y trouve aussi des pierres sans utilité, sans valeur, des coquillages et des cailloux.

Dans cette île coulent des rivières et des ruisseaux, elle est verdoyante et belle. Mais cette île est entourée d’une muraille appartenant au Roi des rois, une muraille qui renferme ses trésors, ses palais et ses jardins.

 Les voyageurs débarquèrent donc du navire dans cette île. Et il leur fut dit : Votre séjour ici ne durera qu’un jour et une nuit, profitez donc de cette courte halte pour prendre tout ce que vous pourrez de ces joyaux précieux.

Alors, les gens du navire se divisèrent en plusieurs groupes : Les plus avisés d’entre eux se hâtèrent vers ces joyaux. Ils s’en chargèrent, les placèrent dans leurs bagages et les transportèrent sur le navire. Ils se fatiguèrent, transpirèrent et firent beaucoup d’efforts. Mais quand ils se rappelaient la valeur immense de ces pierres précieuses et la brièveté de leur séjour dans cette île, ils trouvaient que toute fatigue était légère, et ils redoublaient d’ardeur et d’efforts. Ils renoncèrent au repos, délaissèrent le confort, et se consacrèrent entièrement à la persévérance et au travail. Et si jamais le sommeil leur prenait, ils se rappelaient alors la valeur de ces joyaux, et aussitôt le désir du repos disparaissait de leur cœur. Ils repoussaient le sommeil et la paresse, et disaient : Au matin, les voyageurs qui ont marché de nuit se réjouissent et sont loués pour leur endurance.

Quant à d’autres, ils prirent certes quelques joyaux, mais ils passaient une partie de leur temps à se reposer, à chercher le confort, et dormaient lorsqu’ils avaient sommeil.
Et un autre groupe encore ne prêta aucune attention aux joyaux. Ils ne se préoccupèrent que de repos, de divertissements et d’oisiveté. 

Parmi eux, il y en eut qui se consacrèrent à construire des maisons et des palais dans cette île. D’autres encore s’occupèrent à ramasser des pierres inutiles, des coquillages, des cailloux et des objets sans valeur.

Et d’autres enfin se livrèrent aux jeux, aux amusements, aux passions et aux plaisirs. Ils se complaisaient dans l’écoute de récits et d’histoires distrayantes, et disaient : Une seule goutte de plaisir présente vaut mieux qu’une perle lointaine promise. »

Quant au troisième groupe, ils se dirigèrent vers la zone protégée du Roi des rois. Ils firent le tour de cette enceinte et ne trouvèrent pas de porte pour y entrer. Mais lorsqu’ils insistèrent avec persévérance, ils finirent par découvrir une ouverture. Alors ils s’y engouffrèrent, pénétrèrent dans les trésors du Roi des rois, en ouvrirent les coffres, en brisèrent les sceaux et s’emparèrent de ses richesses.

Ils dirent : Il n’y a pour nous pas d’autre demeure que celle-ci. » Ils s’installèrent donc dans l’île, y demeurèrent un long moment, jusqu’à ce que la durée impartie s’écoule, et que l’appel au départ résonne, comme le son de la trompette du voyage. Il ne leur resta alors que la précipitation et la contrainte de partir. « Quant à ceux qui avaient amassé les joyaux, ils s’en allèrent heureux de leurs biens. Ils ne regrettèrent pas le temps écoulé dans cette île, sinon pour désirer encore augmenter ce qu’ils avaient déjà accumulé.

Quant au deuxième groupe, ils furent saisis d’un grand chagrin. » Leur peine fut immense, à cause de ce qu’ils avaient négligé, de la petitesse de leurs provisions, et de leur distraction par des choses futiles. Ils quittèrent l’île les mains vides, et furent emportés vers leur destination avec une grande perte.

Quant au troisième groupe, leur chagrin fut encore plus intense, et leur calamité plus grave. Il leur fut dit : « Nous ne porterons pas pour vous les biens que vous avez rapportés des trésors du Roi des rois. Montez-les sur vos propres dos ! » Ils se chargèrent donc eux-mêmes de leurs fardeaux, puis arrivèrent à la grande cité du Roi. Là, l’annonce se répandit : « Un groupe est arrivé de l’île des joyaux ! » Les habitants de la ville se rassemblèrent pour les voir, et ils furent conduits devant le Roi et ses armées. Alors on leur dit : « Présentez vos marchandises au Roi des rois !»

Quant aux gens qui récoltèrent les  joyaux, on examina leurs marchandises, et le Roi des Rois les félicita en disant :« Vous êtes mes proches, ceux qui siègent en ma présence et ceux que j’aime. Vous aurez, de ma générosité, tout ce que vous désirez. »

Puis il les éleva au rang de rois : tout ce qu’ils veulent leur est accordé. S’ils demandent, on leur donne ; s’ils intercèdent, leur intercession est acceptée ; et s’ils désirent une chose, elle se réalise.

On leur dit encore :« Prenez ce que vous voulez et disposez à votre guise de tout ce que vous souhaitez.» Alors ils prirent palaces et demeures, jardins et vergers, villages et campagnes: les districts ruraux. Ils montèrent sur leurs montures et se mirent en route ; des serviteurs et des soldats les entouraient. Ils devinrent des rois résidant près du Roi : ils s’asseyaient auprès de lui, le regardaient, lui rendaient visite, intercédaient auprès de lui pour qui ils voulaient ; s’ils lui demandaient, il leur donnait, et même sans qu’ils demandent, il prenait l’initiative de leur faire don.

Quant au second groupe, on leur dit : « Où sont vos marchandises vos biens, votre butin ? » Ils répondirent : « Nous n’avons aucune marchandise. » On leur dit : « Malheur à vous ! N’étiez-vous pas dans les mines de joyaux ? N’étiez-vous pas, vous et ceux qui sont devenus des rois, au même endroit ? » Ils dirent : « Si, mais nous avons préféré la facilité et le sommeil. »

Certains s’occupèrent à bâtir des demeures et des palais.

D’autres se laissèrent détourner par l’accumulation de futilités, ramassant pierres sans valeur et coquillages brisés.

Alors on leur dit : « Malheureux que vous êtes ! Ne saviez-vous pas que votre séjour était court ?! Ne saviez-vous pas que ce n’était pas une demeure durable, qu’il n’y avait là ni place pour le repos ni pour le sommeil ?! Pourquoi ne vous êtes-vous pas réveillés ? Pourquoi n’avez-vous pas prêté l’oreille aux exhortations ? »

Ils répondirent : « Oui, par Allah, nous savions… mais nous avons été surpris par la négligence, endormis par nos passions, et nous avons laissé nos désirs nous dominer. »

Alors il leur fut dit : « Qu’il y ait pour vous un regret sans fin ! » Ils se mordirent alors les doigts de remords, pleurèrent sur leur perte avec des larmes de sang, et restèrent confus, dans l’attente.

Ils espéraient qu’un mot d’intercession des rois qui les avaient précédés les sauve auprès du Roi des rois.

Quant au troisième groupe, ils furent amenés portant leurs lourds fardeaux sur leurs dos, vêtus de haillons, trébuchant comme des ivrognes, humiliés, le visage marqué par la souffrance et l’abandon. Le Roi des rois ordonna qu’ils soient expulsés de sa demeure, rejetés loin de sa proximité et conduits vers la prison. Ils furent livrés au châtiment, marqués par l’humiliation et rongés par le regret. Et il fut dit : { S’ils endurent, le Feu sera leur lieu de séjour; et s’ils cherchent à s’excuser, ils ne seront pas excusés. Fussilat v24 }

Regarde donc – qu’Allah te fasse miséricorde – la différence qui existe entre ces deux demeures et ce qu’il y a comme écart entre ces deux groupes, alors qu’ils n’ont séjourné dans cette île qu’un court laps de temps. Voilà une image de la vie d’ici-bas : celui qui y agit par l’obéissance en récolte les fruits, tandis que celui qui s’y laisse aller à la négligence et au gaspillage n’en retire que regrets et pertes.

Efforce-toi donc – qu’Allah te fasse miséricorde – de faire partie de la première catégorie, ceux qui ont rempli leurs heures par l’obéissance et n’ont rien laissé s’échapper de leur temps.

Habitue ton cœur à la réflexion : sur les bienfaits d’Allah afin de Le remercier, sur tes péchés afin de demander pardon et te repentir, sur les créatures d’Allah et Sa sagesse afin de connaître Sa grandeur et Sa puissance, et sur ce qu’Il a placé entre tes mains afin de t’y préparer, ou encore sur une règle dont tu as besoin pour l’apprendre.

Habitue aussi ta langue à l’évocation d’Allah, à l’invocation et à la demande de pardon, à la lecture du Coran, à l’enseignement et à l’apprentissage, à ordonner le bien et à interdire le mal, et à réconcilier entre les gens.